La région manquera-t-elle d’incinérateurs en 2035 ?

196 lecteurs | (actualisé le ) par Le bureau - Aube Durable

Interrogée sur l’utilité du projet d’incinérateur face à la baisse des déchets constatée, la présidente du SDEDA change son fusil d’épaule et justifie désormais ce projet dans la perspective de traiter des ordures provenant de toute la région Grand Est : « En 2035, le Grand Est manquera d’unités de traitement selon des études faites par la région... » (Est-Eclair du 6 septembre 2018)
Qu’en est-il réellement ?

Il s’agit d’abord de considérer que cette déclaration résonne comme l’aveu du surdimensionnement du projet aubois. En expliquant que l’incinérateur chapelain trouve désormais sa raison d’être dans le cadre régional, la président du SDEDA indique que la pérennité de cet outil repose maintenant sur l’importation de déchets extérieurs au département. C’est bien la preuve que ce projet de 60 000 tonnes est surdimensionné par rapport aux besoins locaux et que les décideurs le savent parfaitement.

Par ailleurs, cet argument change en profondeur la nature d’un projet initialement prévu pour traiter les seuls ordures ménagères du département. Ce n’est plus du tout l’objet initial pensé il y a 10 ans. Et c’est, en quelque sorte, une remise en cause de l’ensemble du dossier sur lequel les élus ont eu à se prononcer en 2012 ou 2014. Une telle modification de la nature de l’installation nécessite donc de reprendre le processus décisionnaire.

L’hypothèse que la région manquerait d’incinérateurs ne suffit pas à justifier la construction du projet troyen. En effet, l’unité Valaubia ne représenterait que 5% de l’ensemble des capacités d’incinération du Grand Est. Sa construction (ou son abandon) n’interviendrait donc que d’une façon extrêmement marginale dans l’ensemble du parc et n’aurait qu’une influence insignifiante sur les capacités de traitement nécessaires. De plus, sauf à imaginer une autoroute d’ordures ménagères de l’Alsace à l’Aube, la position excentrée de notre département ne permet pas de faire de l’Aube l’exutoire des déchets des Strasbourgeois ou des Messins. Ce serait là une parfaite aberration écologique.

Pour conclure, ce n’est donc pas l’incinérateur troyen (5% de la capacité totale du Grand Est) qui permettra de répondre à la question des déchets dans la région mais la mise en place d’un plan de prévention et de réduction des déchets. Les marges de manoeuvre sont nettement plus grandes. La dessus, les chiffres à notre disposition sont éloquents. La capacité totale en terme d’incinération s’élève aujourd’hui à 1,15 millions de tonnes pour une population de 5.5 millions d’habitants. Cette capacité correspond à un ratio de 210kg/an/hab d’OMR (220kg/hab en ajoutant le projet troyen) ; un chiffre largement à la portée des habitants du Grand Est au regard de ce que font déjà de nombreuses collectivités passées sous la barre des 200kg/hab. A cet égard, l’impact d’un plan de réduction sur les tonnages globaux à traiter serait infiniment plus important que les 5% de capacité apportés par le projet Valaubia qui, par ailleurs, serait considéré comme un mauvais signal.