La collecte des bio-déchets remet-elle en cause l’incinérateur ?

1 | 191 lecteurs | (actualisé le ) par Le bureau - Aube Durable

Publié dans l’Est-Eclair ce lundi 5 février, cet article annoncé la mise en place de la collecte des bio-déchets et pose la question de son incidence sur le projet d’incinérateur de La Chapelle Saint Luc.

Notre analyse

La généralisation, d’ici 2023, de la collecte des bio-déchets (30% du poids de notre poubelle grise) est l’un des multiples éléments qui rend le projet d’incinérateur caduque.
Avec une quantité totale d’OMR de 80 000 tonnes aujourd’hui, cette collecte des bio-déchets associée à la généralisation de la redevance incitative conduira à une réduction de la quantité de notre poubelle grise très conséquente.
Les collectivités déjà engagées dans de tels programmes obtiennent actuellement des ratios de l’ordre de 130 à 150kg/an/hab. Or, il faudrait 200kg/an/hab pour approvisionner l’incinérateur.
C’est la raison principale qui explique qu’aujourd’hui, aucun département comparable à l’Aube n’envisage la construction d’un incinérateur. Ailleurs, les élus locaux ont parfaitement intégré ces perspectives.

Et les déchets industriels ?

L’article mentionne l’existence d’un gisement de 30 à 40 000 tonnes de déchets industriels qui, laisse-t-on entendre, pourrait être brûlés dans l’incinérateur. Plusieurs choses sont ici à rappeler :
- D’abord, ce projet a été initié pour traiter les seules ordures ménagères. Envisager d’y brûler 40 000 tonnes de déchets industriels pour une capacité de 60 000 tonnes revient à changer totalement la nature du projet. Aucun incinérateur en France ne fonctionne avec un tel ratio. Pire, cette perspective conduirait à faire financer par le contribuable un incinérateur à destination des industriels. Un tel scénario est tout simplement impensable et sans doute illégal.
- Ensuite, il convient d’interroger la nature de ces déchets industriels. De quoi sont composées ces 30 ou 40 000 tonnes ? Sur ce point les porteurs du projet refusent d’apporter des réponses claires. Et pour cause : ces déchets se divisent, grosso-modo, en deux grandes catégories. D’un côté des déchets qui ne peuvent pas être brûlés (notamment des gravats), de l’autre des déchets qui ne doivent pas être brûlés (papiers, cartons, plastiques...). C’est pourquoi, les déchets industriels ne représentent qu’une très faible part des déchets brûlés en incinérateur (5 à 10%).

Notre conclusion

L’initiative de Pont Sainte Marie mérite d’être saluée. Elle s’inscrit dans toutes les recommandations et réglementations qui, ces derniers mois, incitent à réorienter les politiques de gestion des déchets.
Les élus, en 2009, lorsque le projet d’incinérateur a été pensé, ne disposaient pas de ces éléments et ne pouvaient anticiper l’accélération des programmes de réduction. Dit plus clairement, le contexte qui a permis d’imaginer le projet d’incinérateur a profondément changé. Il est donc nécessaire d’intégrer ce nouveau contexte pour revoir, redimensionner ou abandonner le projet d’incinérateur.